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octobre dernier, Charles Roddeck prenait sa retraite. Pour beaucoup,
son nom n’évoque rien. C’est pourtant le père
de la médecine fœtale, il a formé tous les leaders
de la médecine fœtale dans le monde entier qui, ensuite,
ont pris le relais. Cette aventure est récente puisque les débuts datent des années 1970. Il a fallu tout inventer, les techniques d’abord, les comportements, les organisations et les enseignements ensuite. Les liens avec les autres spécialités se sont spontanément développés, ceux avec les autres équipes aussi. L’amitié a joué un rôle décisif dans ces relations et le développement de la médecine fœtale dans notre pays. A la veille de passer la main, je tiens à raconter cette formidable histoire, à travers les récits des acteurs et témoins qui ont fait cette médecine. J’espère que tous ceux qui m’ont si bien entouré seront là. Ils parleront de l’arrivée de l’échographie, de la ponction de sang fœtal, de la biopsie de villosités choriales, des premières réunions multidisciplinaires, des jeudis de génétique, du Club de médecine fœtale, de l’enseignement de la médecine fœtale, mais aussi des difficultés : irruption du médico-légal, arrêt Perruche… J’ai donc demandé aux “anciens”, chacun dans son domaine d’excellence, de venir nous raconter des histoires : C. Fékété, A. Munnich, I. Nisand, R. Bessis, F. Muller, M.C. Aubry, L. Fermont, D. Sidi, F. Brunelle. J’ai chargé A. Couture d’organiser avec eux l’après-midi du jeudi. Il est important aussi d’en tirer un message pour les générations qui nous suivent. L’attrait pour les techniques nouvelles ne doit pas faire oublier les fondamentaux : le bon sens, la clinique, le phénotype, ne doivent pas être les oubliés des statistiques, de la guerre des étoiles ou de la génétique moléculaire. La passion qui nous a animés toutes ces années nous protège de la nostalgie, car il faut maintenant adapter ce que nous avons créé à un environnement médical, éthique, culturel, judiciaire, qui évolue très rapidement et nous oblige à changer nos habitudes. Les techniques d’imagerie, chirurgicales, biologiques et génétiques progressent ; des concepts nouveaux en matière de dépistage, d’enseignement, d’évaluation, de certification vont changer radicalement nos façons de travailler. De nouvelles organisations vont nécessairement en découler. Ceux qui ont eu la chance inouïe d’avoir été les pionniers de cette médecine doivent se réjouir de cette évolution, ils doivent aussi comprendre que cela passe par un changement de génération. Je suis particulièrement heureux de passer le flambeau à l’équipe qui vous présentera, le vendredi et le samedi, ces évolutions. J’ai demandé à Y. Ville et A. Benachi d’organiser le programme du vendredi sur les Maladies infectieuses et du samedi sur la Thérapie in utero. Transfuseurs transfusés, hernies de coupole, et spina seront ainsi au rendez-vous. On parlera aussi des centres de dépistage du premier trimestre et de la certification en échographie qui est inéluctable. Dans ce domaine aussi, la connaissance d’un historique typiquement français de l’échographie est une base nécessaire aux futures organisations. Il faudra tenir compte du formidable réseau d’experts, responsables d’une des meilleures sensibilités au monde pour le diagnostic prénatal des malformations, mais on peut faire progresser le niveau de base, c’est d’ailleurs le but de la certification. Je souhaite à la nouvelle génération autant de passion dans le développement de la médecine fœtale du futur ; l’environnement, les techniques évoluent, mais certains ingrédients qui ont fait notre bonheur doivent rester les mêmes : le respect des anciens, la méfiance des corps constitués, l’humour, l’enthousiasme et l’amitié.
Yves DUMEZ
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