Un myome augmentant rapidement de volume
L. BRUN
Service de Gynécologie-Obstétrique, Hôpital
Saint-Antoine, PARIS.
Mme B., 36 ans, consulte pour des douleurs pelviennes avec augmentation rapide du volume de l'abdomen. On note dans ses antécédents une leucémie aiguë lymphoblastique à l'âge de 10 ans, traitée par radio-chimiothérapie responsable d'une taille adulte de 1,38 m. Mme B. est nulligeste.
Deux échographies
pelviennes effectuées à 9 mois d'intervalle retrouvent
un myome antérieur interstitiel à développement
sous-séreux augmentant rapidement de volume, passant de 96/102
mm à 119/136 mm.
Le commentaire
L'examen
clinique gynécologique et général va rechercher
un retentissement ou une complication de ce volumineux
fibrome.
Les cycles sont réguliers sans méno-métrorragie. Il n'existe pas de douleur lombaire, ni de SFU, ni de retentissement digestif. L'examen gynécologique palpe un utérus arrivant à l'ombilic peu mobile car occupant tout le pelvis de cette femme de petite taille, sensible plus que douloureux, sans signe de nécrobiose. Il n'y a pas d'údème des membres inférieurs.
Le bilan biologique élimine toute anémie (Hb = 14,7 g/dl).
Une IRM pelvienne est demandée
pour éliminer un sarcome utérin suspecté devant
ses antécédents et l'augmentation rapide de la taille
du myome. Elle permet d'autre part d'analyser le retentissement sur
les organes de voisinage, notamment urinaires (absence de dilatation
pyélocalicielle), et apprécie le nombre de fibromes,
leur taille, leur aspect (nécrobiose) et leur localisation
dans l'utérus (rapports avec les cornes et les vaisseaux
utérins) (fig. 1 et 2).
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Fig. 1 (à gauche) et 2 (à droite). |
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Diagnostic
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s'agit donc d'un fibrome utérin interstitiel à
développement sous-séreux non compliqué, sans
véritable retentissement sur les organes de voisinage,
occupant tout le petit bassin et responsable d'une gêne
pelvienne indéniable de part sa taille augmentant par ailleurs
rapidement.
En pratique
Le
fibrome utérin est une pathologie bénigne
fréquente à cet âge, et de très bon
pronostic. Son traitement n'est justifié qu'en cas de
retentissement clinique, ce qui est le cas chez cette
patiente.
Le traitement sera ici conservateur, car Mme B. est jeune et nulligeste.
Nous avons donc le choix entre un traitement médical seul (embolisation du pédicule du myome), ou chirurgical.
L'embolisation seule nous a semblé une méthode douloureuse sur un fibrome de cette taille. Elle ne permet pas non plus de contrôle histologique.
La chirurgie que nous avons pratiquée a consisté en une myomectomie par voie abdominale (Pfannen-stiel).
Nous l'avons précédée de 3 mois d'analogue de la LH-RH afin de diminuer la taille du myome et donc le saignement opératoire, pour cette intervention réputée hémorragique.
Les suites opératoires ont été simples, malgré une anémie à 8,7 g/dl (14,7 en pré-opératoire).
Une embolisation sélective du pédicule du myome peut également être réalisée le matin ou la veille de l'intervention. Elle permet de diminuer fortement le saignement per-opératoire, mais nécessite un radiologue aguerri à ce genre de technique et n'est pas dénuée de complications (emboligène). Nous avons d'autre part peu de recul sur la fertilité après embolisation, mais on peut logiquement penser qu'elle puisse poser problème en cas d'embolisation des artères utérines et non du pédicule du fibrome.
Avec l'association analogue de la LH-RH et chirurgie, la patiente a perdu 6 points d'hémoglobine.
L'embolisation
pré-opératoire représente donc une association
thérapeutique intéressante dans ces situations
où le risque hémorragique est important. Son
bénéfice reste cependant à évaluer
(bénéfices sur les saignements, les complications, la
fertilité ultérieure).