Un enregistrement du RCF atypique
C. FIRTION*, D. CHRISTMANN**, B. GASSER***, B. LANGER*
* Département de Gynécologie-Obstétrique,
Hôpital de Hautepierre, Strasbourg.
** Service de Radiologie 2, Hôpital de Hautepierre,
Strasbourg.
*** Service d'Anatomopathologie, Hôpital Civil,
Strasbourg.
Mme D. C., 19 ans,
seconde geste, nullipare, sans antécédent particulier,
est transférée à 31 SA pour troubles du rythme
cardiaque fútal. A l'admission, le monitorage fútal met
en évidence une importante arythmie avec épisodes de
bradycardie à 70 battements par minute (fig. 1).
L'échographie cardiaque réalisée en urgence
montre la présence de masses tumorales au niveau du septum
interventriculaire et de la paroi ventriculaire. La fonction
ventriculaire était normale. L'analyse rythmologique en mode
TM met en évidence une bradyarythmie intermittente en rapport
avec des extrasystoles ventriculaires ou auriculaires,
entrecoupée de périodes de rythme
normal.
|
|
|
Fig. 1 : Monitoring du RCF révélant la bradyarythmie. |
Le commentaire
La
bradyarythmie était en fait secondaire à des
rhabdomyomes, tumeurs bénignes, qui représentent 60 %
des cas de tumeurs cardiaques découvertes en anténatal.
Plus rarement, il s'agit de tératome, d'hémangiome, de
myxome ou de fibrome. Dans plus de 50 % des cas, les rhabdomyomes
sont associés à une sclérose tubéreuse de
Bourneville, maladie dont le pronostic repose en grande partie sur
l'atteinte neurologique. Le bilan a compris une échographie
morphologique qui ne montrait pas d'anomalies
cérébrale, rénale, rétinienne ou
cutanée. Le caryotype était normal. Enfin, l'IRM
cérébrale fútale faite à 33 SA paraissait
normale.
Sachant que les lésions de la maladie de Bourneville sont progressivement évolutives, une surveillance échographique a été réalisée et a conduit à une seconde IRM pratiquée à 36 SA (fig. 2 et 3). Elle confirmait malheureusement la présence de multiples nodules sous-épendymaires périventriculaires ainsi qu'au niveau des trous de Monro.
En raison du sombre pronostic neurologique de la sclérose tubéreuse de Bourneville, une interruption médicale de grossesse a été proposée et acceptée par le couple.
L'examen anatomo-pathologique
(fig. 4 et 5) confirmait le diagnostic. Au niveau
cardiaque, le nodule le plus important (3 x 2 x 1,5 cm)
siégeait au niveau du septum interventriculaire. Il en
existait 3 autres de 0,4 à 0,7 cm au niveau de chaque
ventricule. Au niveau cérébral, on retrouvait de
nombreux nodules de 0,1 à 0,4 cm au niveau de la portion
moyenne des ventricules latéraux ; le cortex
cérébral présentait plusieurs foyers
marqués par des hétérotopies neuronales ou des
plages de désorganisation totale du cortex. Les poumons et les
reins étaient d'aspect normal.
|
|
|
|
Fig. 2 et 3 : IRM cérébrale in utero à 35 semaines montrant les nodules tubéreux sous-épendymaires péri-ventriculaires et au niveau des trous de Monro. |
|
|
|
|
|
Fig. 4 et 5 : Aspects macroscopiques des nodules tubéreux externes et internes au niveau cardiaque. |
|
En pratique
La
sclérose tubéreuse de Bourneville est une maladie
génétique à transmission autosomique dominante,
mais à pénétrance et à
expressivité variables. Sa fréquence est estimée
de 1/6 000 à un 1/10 000 grossesses. On a mis en
évidence deux mutations sur les gènes supresseurs de
tumeurs TSC1 (9q34.3, codant pour l'hamartine) et TCS2 (16p13.3,
codant pour la tubérine) totalisant chacune pour 50 % des
atteintes familiales. Mais, dans près de 80 % des cas, il
s'agit de mutations de novo.
Cette affection se caractérise par une atteinte multiviscérale avec présence d'hamartomes principalement cérébraux, rénaux et cutanés. L'évolution est sévère : 60 à 80 % des nouveau-nés seront handicapés et 75 % des enfants décèdent avant 25 ans.
Les rhabdomyomes cardiaques très fréquents sont le plus souvent découverts en anténatal ou dans les premiers mois de vie. Cinquante pour cent d'entre eux régressent spontanément dans les deux premières années de vie. Les autres peuvent entraîner des arythmies et/ou une insuffisance cardiaque, qui sont fatales dans la majorité des cas.
L'atteinte neurologique est constituée anatomiquement par des nodules tubéreux (astrocytomes à cellules géantes) à localisation corticale et sous-épendymaire, associés ou non à des hamartomes rétiniens. Elle a un mauvais pronostic clinique, puisqu'elle peut se traduire par des épilepsies rebelles (partielles complexes ou spasmes infantiles), des troubles comportementaux et un retard mental.
Sur le plan rénal, on peut retrouver des hamartomes ou angiomyolipomes, qui présentent un risque de transformation sarcomateuse épithéliale ou une polykystose.
Enfin, au niveau cutané, on
peut observer des macules achromiques, des angiofibromes de la face,
des fibromes sublinguaux ou des plaques fibreuses.
Conclusion
La
survenue d'une bradyarythmie impose une échocardiographie en
urgence. Il n'existe pas pour l'instant de diagnostic
génétique anténatal de la sclérose
tubéreuse de Bourneville. En cas de suspicion de cette
maladie, il ne faut pas hésiter à demander un conseil
génétique en raison du polymorphisme de l'atteinte et
à répéter les examens morphologiques, en
particulier l'échocardiographie et l'IRM
cérébrale, l'atteinte cérébrale pouvant
ne se manifester que tardivement.