Les
mystères de la continence urinaire
F. SERGENT, L. MARPEAU
Service de Gynécologie-Obstétrique, Hôpital
Charles Nicolle, ROUEN.
Le contexte
Madame D., actuellement
âgée de 49 ans, est opérée en 1985
díun prolapsus génital associé à une
incontinence urinaire. Il est pratiqué une promontofixation
avec conservation utérine et une colposuspension
antérieure. Après une amélioration transitoire,
líincontinence se majore (grade 3) : elle survient au moindre
effort ou changement de position, imposant le port permanent de
garnitures. Hormonothérapie, rééducation
périnéale et nouvelle intervention en 1994
(Goebell-Stoeckel) sont un échec. La mise en place díun
sphincter artificiel est envisagée, mais il faut
díabord faire une hystérectomie pour douleurs
pelviennes et métrorragies en rapport avec une
adénomyose. Lors de la laparotomie en 1998, le chirurgien
constate une symphyse complète de la face postérieure
de líutérus au promontoire ; il pratique une
hystérectomie totale. Les suites opératoires sont
simplesÖ, et la patiente se dit guérie totalement de tous
ses problèmes mictionnels. Avec quatre années de recul,
la patiente demeure continente. Il níy a pas de
récidive du prolapsus.
Le diagnostic
Le
mécanisme des fuites urinaires chez cette patiente est une
insuffisance sphinctérienne majeure. Le bilan urodynamique
(BUD) effectué avant líhystérectomie montre,
outre un défaut de transmission des pressions
vésico-urétrales, une pression de clôture
effondrée à 30 cm díeau au repos et 28 cm
díeau en retenu (fig. 1). La vessie est stable
au remplissage. La patiente nía pas souhaité faire un
nouveau BUD depuis sa guérison ; elle craint, bien que nous
líayons rassurée à ce propos, quíune
nouvelle exploration ne mette en péril sa continence
retrouvée.
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Fig. 1 : Enregistrement du profil de pression urétral de Mme D. De gauche à droite : deux enregistrements de profil urétral statique (P1 & P2) qui sont effondrés, puis un enregistrement díun effort de retenue (R) qui est effondré, puis un profil dynamique avec quatre efforts de toux successifs (T) montrant un défaut de transmission proche de 50 %. |
Discussion
Líinsuffisance
sphinctérienne correspond à une incompétence
permanente des sphincters lisses et striés de
líurètre. Elle est due le plus souvent au
vieillissement tissulaire où interviennent les insuffisances
hormonale et vasculaire, les traumatismes obstétricaux et
chirurgicaux. Elle peut conduire à líextrême
à la pose díun sphincter artificiel.
Excepté la sévérité des fuites lors díefforts minimes, de changements de position, il níexiste pas de symptomatologie urinaire spécifique de líinsuffisance sphinctérienne. Líexamen clinique est pauvre. Sur le plan urodynamique, líurétromanométrie statique objective une pression de clôture basse. On parle díinsuffisance de pression de clôture si celle-ci est abaissée de 20 % et plus par rapport à la normale (normale = 110 - líâge).
Les troubles de la continence après promontofixation sont
connus. On décrit plutôt des instabilités
vésicales ou syndrome du "trigone tracassé". Dans le
cas présent, il síagit díune véritable
insuffisance sphinctérienne fonctionnelle réversible.
La promontofixation avec mise en place díune prothèse
sous-vésicale pour corriger une cystocèle,
síappuyant sur la face antérieure du vagin à
proximité de líappareil sphinctérien, peut
attirer ce dernier vers líarrière, ouvrir la
lèvre postérieure du col vésical, rendre le
manchon musculaire strié urétral incompétent et
créer par la même une incompétence
sphinctérienne (fig. 2). Pour limiter cet effet,
la promontofixation ne doit pas réaliser un amarrage
postérieur trop tendu de la prothèse
sous-vésicale. Un effet comparable est à craindre avec
les nouveaux traitements chirurgicaux des troubles de la statique
pelvienne qui fixent par voie vaginale une prothèse
sous-vésicale aux ligaments sacro-épineux.
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Fig. 2. |
En pratique
Líinsuffisance
sphinctérienne est un facteur reconnu díéchec du
traitement chirurgical de líincontinence urinaire
díeffort. La TVT et le Goebell-Stoeckel peuvent parfois
limiter líexpression de cette insuffisance
sphinctérienne. Líinsuffisance sphinctérienne
peut aussi compliquer un geste de promontofixation. Il faut dans
cette situation penser à "débricoler" le montage
postérieur avant díenvisager le sphincter artificiel,
technique lourde et aléatoire.