Hystérectomie
P. FERRY*, M.QUENTIN*, J.M. HERVOCHON**
** Service de Gynécologie-Obstétrique,
**díimagerie - Centre Hospitalier - LA ROCHELLE .
La place de líhystérectomie est toujours
líobjet de discussions [1] au cours du choix des
modalités thérapeutiques díun prolapsus
génital. La prise en charge de deux patientes ayant
développé une pathologie grave après
promonto-fixation nous a conduits à réévaluer
les arguments pour ou contre le traitement conservateur.
Cas clinique N°1
Mme A.,
mère de 5 enfants, consulte pour prolapsus génital. Au
frottis cervical : ìabsence de caractère suspect dans
les limites du matériel (exocol non
représenté)î. Il níest pas pratiqué
de contrôle cytologique ni biopsique. Líintervention
comprend par voie laparotomique un Burch et une promonto-fixation
à double plaque de mersilène avec hystérectomie
sub-totale. Trois ans et demi plus tard Mme A. consulte pour des
métrorragies post-coïtales. La biopsie identifie un
carcinome épidermoïde invasif. A líexamen T.D.M.
(fig. 1) : pas díadénomégalie. En
I.R.M. (fig. 2) : ìlésion tumorale
extensive au paramètre droit proximal et vagin
proximalî. Sous anesthésie générale, on
réalise un examen clinique avec cystoscopie et
cúlioscopie pour lymphadénectomie. Le carcinome sur col
restant est classé T2 proximal N-. Le traitement a
comporté une curiethérapie première de 60 grays
et 6 semaines plus tard une trachélectomie extrafasciale
rendue difficile par la fibrose post-opératoire et
líirradiation. A líexamen : ìquelques structures
carcinomateuses résiduelles involutivesî.
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Fig. 1 : Coupe scannographique transversale. Extension paramétriale droite du carcinome sur col restant. |
Fig. 2 : I.R.M. Coupe sagittale. Lésion expansive du col utérin avec zones de nécrose. En avant du col, on visualise deux fils non résorbables coupés transversalement. |
Cas clinique N°2
Mme N.,
mère de 5 enfants, ménopausée à 51 ans
sans T.H.S., est opérée à 68 ans díun
prolapsus génital par promonto-fixation cúlioscopique
avec conservation utérine, puis díune T.V.T. deux mois
plus tard. Elle consulte pour des métrorragies 6 six mois plus
tard avec à líéchographie un
ìendomètre épaissi mesuré à 12
mmî. La biopsie retrouve un adénocarcinome de grade 2,
le bilan díextension étant négatif, le
traitement comprend : une hystérectomie extrafasciale avec
annexectomie bilatérale et curage sous-veineux sans
difficulté opératoire particulière. A
líexamen líadénocarcinome infiltre la presque
totalité du myomètre N-. En complément, sont
prescrits une radiothérapie pelvienne délivrant 45
grays, puis une curiethérapie de 6 grays sur la cicatrice
vaginale et le tiers supérieur du vagin.
Les deux patientes ont une évolution précoce
favorable.
Discussion
1. - Líhystérectomie ìde
principeî
Au vu de la littérature, les arguments allégués,
pour ou contre, varient plutôt selon la voie díabord
choisie.
® La
technique de ìManchesterî (Fothergill) ou la
sacrospinofixation (Richardson) permettent la conservation
utérine, mais líhystérectomie est
conseillée :
ìcomme débarrasî [2] ;
ìpour augmenter les chances de succèsî
[3] ;
ìcíest la solution de simplicité
lorsquíil níexiste pas de désir de
maternitéî [4] ;
ìelle a líavantage de traiter ou de prévenir une
éventuelle pathologie utérine, de rendre plus facile un
traitement substitutif ultérieur, de mieux explorer et traiter
le cul-de-sac de Douglas et les ligaments suspenseursî
[5]. Ces arguments sont en effet recevables, au vu de nos
observations. Sur une série de 304 cures de prolapsus avec
hystérectomie, il a été découvert deux
cancers de líendomètre ìsurprisesî
[6]. Notons que la fréquence du cancer de
líendomètre est évaluée à 0,1
à 0,2 % chez les femmes ménopausées que le
cancer touche à 90 % [7].
® Par
laparotomie.
On prône plutôt líhystérectomie subtotale
pour faciliter la péritonisation, éviter un risque
díocclusion et diminuer le risque septique
théoriquement lié à líouverture du vagin
[8].
® Par
voie cúlioscopique.
Líhystérectomie (subtotale) níest pas
systématique [9], elle pose le problème de
líextraction de la pièce.
2. - Contre líhystérectomie de principe
Rappelons que le traitement conservateur impose un bilan
cervico-utérin systématique : frottis cervical
récent et valide +/- colposcopie et biopsies, et au moindre
doute une échographie de contrôle endométriale
par voie endocavitaire dans les populations à risque. Notons
de plus que la surveillance cervicale est parfois difficile en cas de
promonto-fixation.
elle induit
probablement une ménopause plus précoce,
un effet sur la
continence urinaire est possible : après 60 ans, la
fréquence de líincontinence est multipliée par
1,6 après hystérectomie [10],
líimpact sur
les rapports sexuels est controversé (mais les larges
colpectomies sont source de dyspareunie) [11],
enfin, le
ìdeuil de líutérusî peut rester difficile
à faire. Le retentissement psychique de
líhystérectomie est connu en dépit parfois
díune prise en charge psychologique
préopératoire [11].
En conclusion
Les cancers du
col et du corps utérins après cure de prolapsus sont
rares, mais leur diagnostic peut être tardif et leur traitement
difficile. Pourtant, à líissue díune exploration
correcte, le traitement conservateur est possible en cas de col et
díutérus normaux. La gêne fonctionnelle
réelle, líâge, le désir de grossesse et
líexistence díune pathologie organique associée
guident la conduite à tenir. A notre sens et en
líabsence de bénéfice prouvé, la
préférence par le chirurgien díune voie
díabord ne doit pas conduire systématiquement par voie
vaginale à une hystérectomie (líamputation
cervicale peut suffire en cas díallongement intra-vaginal du
col utérin) ni par voie cúlioscopique à une
conservation utérine (une courte laparotomie est acceptable si
nécessaire).Les patientes doivent être informées
des différentes alternatives techniques adaptées
à leur cas, comme nous les informons de
líintérêt et des risques de la conservation
ovarienne dans les hystérectomies pour lésions
bénignes.
Bibliographie
1. Fritel X. Place actuelle de
la cure de prolapsus sans hystérectomie. 4e J.P.E.G. Paris
02/01.
2. Querleu D. Techniques
chirurgicales en gynécologie, 1995.
3. Kamina P. Anatomie
opératoire gynécologie et obstétrique,
2000.
4. Dargent D., Mathevet P.,
Mellier G. Traitement chirurgical des prolapsus génitaux par
la voie vaginale. EMC, Techniques Chirurgicales Gynécologie,
1993.
5. Lansac J., Body G., Magnin
G. La pratique chirurgicale en gynécologie obstétrique,
1998.
6. Delorme P. Les prolapsus
génitaux. Résultat du traitement chirurgical.
Thèse Grenoble, 1984.
7. Dufour P., Vinatier D.,
Querleu D. Cancer de líendomètre (excepté le
traitement), EMC. Gynécologie, 1998.
8. Lefranc J.P., Blondon J.,
Rimailho J., Hoff J., Becue J. Techniques de traitement chirurgical
des prolapsus vaginaux par voie haute. EMC, Techniques Chirurgicales
Gynécologie, 1998.
9. Cosson M. Promonto-fixation
cúlioscopique : résultat à court terme et
complications chez 83 patientes. J. Gynécol. Obstét.
Biol. Reprod., 2000 ; 29 : 745-50.
10. Brown J.S., Sawaya G.,
Thom D.H., Grady D. Hysterectomie and urinary incontinence : a
systematic review. Lancet, 2000 ; 356 : 535-9.
11. Fatton B., Jacquetin B.
Vie sexuelle après traitements chirurgicaux des prolapsus.
Journée pluridisciplinaire de
pelvi-périnéologie, Lyon 03/2001.