Syndrome de
Demons-Meigs
N. MUBIAYI*, V. CREUTZ*, J. DECOCQ*
Clinique de Gynécologie-Obstétrique et
Néonatologie, Pavillon Paul Gellé, Centre Hospitalier -
ROUBAIX.
Le
contexte
Mlle G.,
âgée de 21 ans, nulligeste, díorigine ivoirienne,
sans antécédent particulier, consulte en urgence pour
un syndrome douloureux pelvien aigu associé à une
augmentation du volume de líabdomen et une prise de poids de
2,5 kg en un mois.
Líexamen clinique
met en évidence une ascite et une volumineuse masse
abdomino-pelvienne, de consistance solide, remontant
jusquíà líombilic, mobile et douloureuse
à la palpation, ainsi quíune défense pelvienne.
Au toucher vaginal, la masse semble indépendante de
líutérus.
Líéchographie
confirme líexistence díune ascite de grande abondance
et díune tumeur pelvienne solide, distincte de
líutérus dont les contours sont bien visualisés.
Cette tumeur mesure 13 cm de diamètre et présente les
caractéristiques échographiques díun fibrome. En
Doppler couleur, aucun flux vasculaire níest
détecté. La radiographie du thorax retrouve un
épanchement pleural droit de faible abondance.
|
|
|
|
Fig. 1 et 2 : Aspect macroscopique du fibrome ovarien. |
|
Le commentaire
La coexistence
díune tumeur pelvienne dont líaspect
échographique évoque un fibrome ovarien, avec un
épanchement péritonéal et pleural droit, nous a
fait penser au diagnostic de syndrome de Demons-Meigs
compliqué díune torsion díannexe (syndrome
douloureux pelvien aigu). Une laparotomie transversale sus-pubienne
est réalisée en urgence et confirme líexistence
díune ascite associée à une volumineuse tumeur
ovarienne gauche comblant toute la cavité pelvienne et
compliquée díune torsion de líannexe. Deux
litres díascite citrin sont évacués (il
síagit díun transsudat sans cellules
néoplasiques) et une annexectomie gauche est
réalisée. Líexploration du reste de la
cavité péritonéale est normale. Líexamen
anatomopathologique confirme le diagnostic de fibrome ovarien sans
signe de malignité. Les suites opératoires sont
simples. Líascite ne se reproduit pas. Mlle G. quitte le
service au 6e jour. A la consultation
post-opératoire, deux mois après líintervention,
on note une disparition complète de
líépanchement pleural à la radiographie de
thorax et de líascite à
líéchographie.
|
|
|
Fig. 3 : A la section, cíest une tumeur solide et fibreuse, dépourvue de toute formation kystique. |
En pratique
Le syndrome de
Demons-Meigs (SDM) est une entité anatomoclinique rare,
caractérisée par líassociation díune
tumeur bénigne de líovaire (fibrome ou
fibro-thécome dans la description initiale) et díun
épanchement péritonéal et/ou pleural, dont
líévolution se fait toujours vers la régression
complète, rapide et définitive après
exérèse chirurgicale de la lésion ovarienne
[1, 2]. Cette définition est actuellement
étendue à toutes les tumeurs ovariennes
bénignes, voire malignes, associées à un
épanchement péritonéal et/ou pleural non
carcinomateux, régressant définitivement après
exérèse tumorale [3, 4]. Certains auteurs
préfèrent parler de pseudo-syndrome de Demons-Meigs
[5, 6].
Le fibrome ovarien (FO) est la tumeur la plus fréquemment observée dans ce syndrome (80 à 85 % des cas) [4, 5]. Cíest une lésion bénigne, développée à partir des éléments mésenchymateux du stroma ovarien. I1 peut être pur et non sécrétant ou associé à des éléments thécaux (fibrothécome) parfois responsables díune sécrétion ústrogénique [7]. I1 représente 2 à 4 % de líensemble des tumeurs ovariennes et, contrairement à notre observation, survient essentiellement en période pré- et post-ménopausique [7]. I1 est habituellement unilatéral (90 % des cas) et asymptomatique (sauf en cas de torsion) [7]. Son aspect échographique est très variable et dépend essentiellement de líancienneté des éléments fibro-conjonctifs qui le constituent. Les tumeurs jeunes apparaissent solides, hypoéchogènes et homogènes, avec parfois une diffraction et une absorption postérieure des échos. Les tumeurs plus anciennes sont très absorbantes, mal définies et contiennent parfois des calcifications.
Líincidence du SDM chez les patientes porteuses díun FO est évaluée entre 1 et 3 % [7]. Les autres tumeurs rencontrées dans ce syndrome sont par ordre de fréquence : les thécomes et fibro-thécomes (10 %), les tumeurs de la granulosa (4 à 5 %) et les tumeurs de Brenner (2 %) [4, 5]. Le SDM est exceptionnel au cours des cancers de líovaire [3].
Cliniquement, le SDM se présente comme un cancer de
líovaire au stade métastatique avec épanchements
séreux [2, 4]. Líépanchement pleural et
líascite sont de même nature (transsudat ou exsudat).
Líépanchement pleural est le plus souvent
unilatéral droit (75 % des cas) [4]. Une
élévation du taux sérique de CA 125 est
habituellement observée [8, 9]. Ce syndrome peut
síobserver à tout âge [4] ; cependant, la
plupart des cas rapportés dans la littérature
concernent des femmes de plus de 50 ans. Une des originalités
de notre observation est donc le jeune âge de la patiente. Le
mécanisme physiopathologique díapparition des
épanchements reste obscur [2, 9]. Bien que rare, le
SDM doit être parfaitement connu des échographistes et
des chirurgiens car il peut simuler une néoplasie ovarienne
évoluée, díautant plus que le taux
sérique de CA 125 est souvent augmenté [8, 9].
Sa reconnaissance préopératoire, comme cela a
été le cas dans notre observation, est possible. Elle
permet de limiter les examens complémentaires et
díéviter la réalisation des gestes chirurgicaux
systématiques dans le traitement du cancer de líovaire,
mais inutiles dans cette pathologie bénigne [10].
Bibliographie
1. Dumont M. Petite histoire
éponymique des tumeurs ovariennes. Gynécologie, 1987 ;
38 : 229-32.
2. Le Bouëdec G.,
Glowaczower E., De Latour M., Fondrinier E., Kauffmann P., Dauplat J.
Le syndrome de Demons-Meigs. A propos díun fibrothécome
et díun fibrome ovariens. J. Gynécol. Obstét.
Biol. Reprod., 1992 ; 21 : 651-4.
3. Simon G.C., Delavierre P.
Syndrome de Demons-Meigs au cours díun séminome. Sem.
Hôp. Paris, 1981 ; 57 : 653-6.
4. Berthiot G., Belair F.,
Marcon J.M., Body G., Quinquenel M.C., Baudouin R. Syndrome de
Demons-Meigs. Concours Méd., 1989 ; 111 : 427-31.
5. Ghayad E., Tohme A.
Pseudo-syndrome de Demons-Meigs dû à un struma ovarii.
Un cas avec revue de la littérature. Ann. Méd. Interne
(Paris), 1995 ; 146 : 51-2.
6. Amr S., Hassan A. Struma
ovarii with pseudo-Meigs syndrome : report of a case and review of
the literature. Eur. J. Obstet. Gynecol. Reprod. Biol., 1994 ; 55 :
205-8.
7. Sfar E., Ben Ammar S.,
Mahjoub S., Zine S., Kchir N., Chelli H., Khrouf M., Chelli M.
Caractéristiques anatomo-cliniques des tumeurs
fibrothécales de líovaire. Rev. Fr. Gynécol.
Obstét., 1994 ; 89 : 315-21.
8. Jones O., Surwit E. Meigs
syndrome and elevated CA 125. Obstet. Gynecol., 1989 ; 73 :
250-1.
9. Lin J., Angel C., Sickel J.
Meigs syndrome with elevated serum CA 125. Obstet. Gynecol., 1992 ;
80 : 563-6.
10. Querleu D. Techniques
chirurgicales en gynécologie. 2e édition. Masson
(Paris), 1998.