Actinomycose
annexielle
D. QUERLEU
Centre Oscar Lambret - LILLE.
Le
contexte
Une patiente de 43 ans,
sans antécédent médical ou chirurgical, est
mère de deux enfants et porteuse díun stérilet.
Elle se plaint de douleurs pelviennes depuis plusieurs semaines. Elle
est adressée à la consultation de cancérologie
gynécologique pour tumeur pelvienne. Elle présente
effectivement une masse annexielle empâtée
bilatérale, fixe dans le bassin. Il níy a pas
díhyperthermie. Líéchographie montre un ovaire
gauche augmenté (53 mm) de volume
hétérogène, une annexe droite
hétérogène de 115 x 70 x 50 mm. Le marqueur
Ca-125 est élevé à 150 kU/L.
Le
commentaire
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Fig. 1 : Masse annexielle échographique. |
Fig. 2 : Masse fixée et dispositif intra-utérin. |
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Fig. 3 : Masses multi-loculées avec infiltration sous-péritonéale droite. |
Plusieurs
éléments sont cependant discordants. Cliniquement, la
masse est sensible bien que fixée. Il existe un syndrome
inflammatoire biologique avec une CRP à 195.
Líéchographie est reprise. Líutérus est
normal. Líovaire droit est accolé, mesure bien 10 x 6
centimètres, avec une échostructure
hétérogène avec des loges liquidiennes
hypoéchogènes à contenu finement
échogène avasculaire ; les cloisons contiennent une
vascularisation à basse résistance. A gauche, les
mêmes aspects sont rencontrés.
Líéchographiste indique que líaspect est
compatible avec des abcès tubo-ovariens.
Le scanner montre líabsence díascite, de signes
suspects à líétage abdominal, et confirme la
présence des masses pelviennes ainsi que leur nature
ovarienne. Líaspect est très superposable à
celui de líéchographie, mais donne des informations
supplémentaires. La masse droite paraît infiltrante en
région latéro-isthmique, avec infiltration de la
région pararectale droite.
Le diagnostic
Le diagnostic le
plus probable, mais qui peut ne jamais être confirmé
définitivement, est celui díactinomycose annexielle.
Une des clés est la présence díun dispositif
intra-utérin, et le test thérapeutique est celui de la
prescription de pénicilline ou díun
dérivé, qui doit provoquer la régression de la
ìtumeurî, des douleurs et du syndrome biologique, ce qui
est survenu sous Augmentin.
En pratique
1 - Les formes
pseudo-tumorales de líinfection génitale
Il faut savoir quíun pyosalpinx peut être totalement
apyrétique. Il faut savoir que les aspects
échographiques complexes et hétérogènes
de líannexe sont compatibles avec le diagnostic
díannexite. Les échographistes
expérimentés savent reconnaître ces aspects
ñ évitant ainsi des interventions inutiles. Les
cliniciens doivent faire la différence entre
líempâtement sensible de líinfection et la masse
dure et indolore de la tumeur. Il faut enfin comprendre les
pièges du marqueur Ca 125, élevé en cas
díinfection génitale. Un indice indirect,
peut-être líabsence de vaisseaux artériels
visibles à líangio-scanner, pourrait être un
argument.
2. - Líactinomycose
Líactinomyces níest pas un champignon, mais une
bactérie. Habituellement saprophyte, il peut devenir
pathologique, en particulier en présence díun
dispositif intra-utérin dont la présence est ici une
des clés du diagnostic. Les manifestations cliniques sont
extrêmement variables, mais la plus importante en diagnostic
est la forme pseudo-tumorale de líabcès tubo-ovarien
observée dans ce cas. Paradoxalement, cíest
líinfiltration sous-péritonéale qui est une
autre clé du diagnostic clinique et scanographique.
Cliniquement, líempâtement massif du pelvis est très différent de la fixation díune tumeur.
Radiologiquement, líinfiltration sous-péritonéale est inhabituelle dans les tumeurs ovariennes qui ont tendance à rester intrapéritonéales.
La confirmation histologique (présence de
ìgrainsî dont síéchappent des filaments en
rayon de roue - díoù le nom díactinomyces)
níest plus indispensable, bien au contraire, depuis
quíon sait comment éviter díopérer ces
cas. Une antibiothérapie comportant une pénicilline est
un test thérapeutique nécessaire et suffisant,
évitant une chirurgie mal venue. En effet,
líinfiltration conduit toujours à un acte difficile,
parfois à des résections viscérales parfaitement
abusives.