Ulcère
aigu de la vulve
R. HABERSTICH*, P. CALMELET*, C. CHARTIER**
* Service de Gynécologie et Obstétrique.
Maternité Hôpital Civil ñ Strasbourg.
** Service de Dermatologie, Hôpital Civil ñ
Strasbourg.
Contexte
Mademoiselle N., mineure
de 15 ans, consulte en urgence devant la survenue díune
ulcération génitale indolore de la petite lèvre
droite.
Commentaire
Líinterrogatoire ne retrouve pas díantécédents médicaux ni chirurgicaux. On note une notion díallergie alimentaire (fraises, chocolat). Sur le plan gynécologique, líâge des premières règles est de 13 ans, les cycles sont réguliers. La patiente est vierge et ne prend pas de contraception. La date des dernières règles remonte à 10 jours avant la consultation.
Il síagit là du premier épisode díulcération génitale díapparition brutale et spontanée, sans facteur déclenchant. Un syndrome subfébrile avec rhinite et pharyngite est à noter les 2-3 jours précédents.
Líexamen clinique retrouve une lésion
ulcérée, siégeant au niveau de la petite
lèvre droite, arrondie, à contours irréguliers.
Le fond est sale, saignant au contact, la base de la lésion
est souple. La palpation réveille une douleur
modérée. Des adénopathies inguinales
bilatérales non inflammatoires et indolores sont
présentes. Líexamen au spéculum de vierge ne
retrouve aucune lésion cervico-vaginale. Líhymen est
intact. La marge anale et la cavité buccale sont indemnes de
toute ulcération.
Le bilan complémentaire réalisé comporte des
prélèvements locaux à visées mycologique,
bactériologique et parasitologique, recherche de Chlamydia
trachomatis, mycoplasme, Trichomonas, Uréaplasma
uréalyticum, gonocoque, Herpes Simplex Virus et
Hemophilus Ducreyi. Un bilan sérologique est
pratiqué, comportant : VDRL-TPHA, VIH 1 & 2,
hépatite B, Chlamydia, Herpès. Líensemble de ce
bilan est revenu négatif, en dehors de la présence de
Streptocoque Bêtahémolytique du groupe B et de quelques
Staphylocoques à coagulase (-).
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Fig. 1 : Lésion de la petite lèvre droite: aspect lors de la consultation initiale. |
Fig. 2 : Evolution après trois jours: début de cicatrisation. |
Les diagnostics à évoquer sont :
Etiologies
infectieuses :
Herpès génital fréquemment en cause, et pouvant
donner des lésions surinfectées, atypiques.
La syphilis primaire, classiquement à líorigine
díun chancre arrondi, à fond propre et bords nets,
indolore et reposant sur une base indurée.
Le chancre mou, très rare en France et à mode de
contamination sexuel, réalise une ulcération
douloureuse, inflammatoire, purulente et saignante avec
adénopathies inflammatoires présentes dans 50 % des cas
et pouvant se fistuliser. Le diagnostic repose sur la mise en
évidence par culture bactériologique délicate de
Hémophilus ducreyi.
La lymphogranulomatose vénérienne (maladie de Nicolas
Favre) liée à Chlamydia de sérotypes L.
Pathologie rare, contexte homosexuel fréquent.
Ulcération muqueuse et adénopathie inflammatoire
suppurée se fistulisant fréquemment.
La donovanose (granulome inguinal) est une pathologie tropicale due
à une bactérie du groupe Klebsiella :
Colymmatobactérium granulomatis. Responsable díune
papule en règle unique, ulcérée en surface,
díévolution chronique.
Líaphtose
vulvaire, relativement rare, en général
associée à une aphtose buccale et entrant
exceptionnellement dans le cadre díune maladie de
Behçet.
Maladies
bulleuses (pemphigoïde bulleuse, pemphigus,
érythème polymorphe bulleux) : peuvent se localiser
à la vulve. Les bulles, se rompant, laissent place à
une érosion peu spécifique.
Etiologies
traumatiques.
Lésions
précancéreuses : se développent en
général sur des lésions de type dysplasie. Toute
ulcération persistant au-delà de 3 semaines doit faire
pratiquer une biopsie afin díéliminer un cancer
vulvaire débutant.
Etiologies
idiopathiques : líulcère aigu de la vulve
(ulcère de Lipschütz), ulcération aiguë,
unique, nécrotique, de survenue brutale, associée
à un état fébrile survenant surtout chez la
jeune fille. Líétiologie est inconnue et la
guérison spontanée en quelques jours.
Le traitement administré a comporté une antibiothérapie probabiliste par macrolide : Erythrocine (Erythromycine) 1 000 mg, 2 fois par jour pendant 10 jours, associé à des soins locaux à la Bétadine.
Líévolution síest montrée rapidement
favorable, avec début de cicatrisation au quatrième
jour. 10 jours plus tard, la cicatrisation était quasi
complète, avec disparition des adénopathies. A un mois,
on note la disparition complète de la lésion.
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Fig. 3 : Cicatrisation totale après 10 jours. |
Le
diagnostic
Le diagnostic retenu
est celui díulcère aigu de la vulve (ou ulcère
de Lipschütz).
En pratique
Conduite à
tenir devant une ulcération génitale :
- Réaliser les prélèvements
bactériologiques et sérologiques avec bilan complet des
maladies sexuellement transmissibles (MST).
- Examen clinique et bilan des MST chez le(s) partenaire(s)
sexuel(s).
- Traitement probabiliste et surveillance.
- Prise en charge thérapeutique éventuelle du(des)
partenaire(s).
- Rapports sexuels protégés pendant toute la
durée du traitement et jusquíà la
guérison complète.
- Déclaration obligatoire éventuelle selon le
diagnostic retenu.
- Information sur les MST.