Grossesses
hétérotopiques
F. CUILLIER
Service de Gynécologie-Obstétrique (Dr Sommer),
Hôpital Bellepierre, SAINT-DENIS, REUNION, FRANCE.
Contexte
Madame Odile P., III geste, II pare, consulte en urgence le 30 juillet 1998 pour douleurs pelviennes et métrorragies minimes à 8 SA. Líexamen clinique retrouve un utérus de taille en rapport avec le terme de la grossesse et une douleur de líannexe gauche. Une échographie montre un sac ovulaire intra-utérin avec un embryon sans activité cardiaque et un épanchement du cul-de-sac de Douglas associé à une masse hypoéchogène avec couronne hyperéchogène proche de líovaire gauche.
Devant ce tableau
clinique et échographique évoquant une FCS
associée à une GEU, on réalise un curetage
aspiratif puis une cúlioscopie permettant une salpingectomie
gauche après aspiration díun
hémopéritoine de 450 ml, líétat de la
trompe empêchant tout traitement conservateur.
Líanatomopathologiste confirmera le diagnostic de grossesses
hétérotopiques.
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Fig. 1 : Coupe para-sagittale gauche, par échographie sus-pubienne, visualisant une partie de líhémopéritoine et des hématomes ainsi que la grossesse extra-utérine gauche. |
Fig. 2 : Coupe para-sagittale de líutérus par échographie endovaginale. |
Commentaire
La
première observation de grossesses ditopiques fut
rapportée par Duverney en 1708 et le premier cas de grossesse
tubaire gémellaire unilatérale fut décrit par
Deott en 1891. Des cas de double GEU sur les deux trompes ont
été détaillés et Koh a même
rapporté le cas díune grossesse quadruple tubaire
après FIV.
Les facteurs de risque : la fréquence des grossesses hétérotopiques est estimée à environ un cas sur 10 000 grossesses selon Levy. La fréquence est nettement supérieure chez les patientes porteuses díun dispositif intra-utérin (0,30 %). Les autres facteurs de risques expliquant une telle association sont : les traitements inducteurs díovulation (HMG ; citrate de clomifène), (1 cas sur 800 grossesses) ; les fécondations in vitro (1,5 %) ; les antécédents díinfections pelviennes et de plasties tubaires.
Concernant notre patiente, celle-ci était issue díun
milieu économique aisé et ne présentait aucun de
ces facteurs de risque. Elle ne fumait pas et ne prenait aucun
microprogestatif.
Diagnostic
Les circonstances de découverte de ces grossesses
hétérotopiques sont le plus souvent :
- un tableau de GEU (90 %
des cas), avec dans ce cas des métrorragies peu
fréquentes, la GIU étant parfois une surprise
postopératoire !
- un tableau de fausse couche
de la GIU (10 % des cas), la GEU se révélant plus tard,
lors díune rupture hémorragique !
Le diagnostic de grossesses bipolaires est exceptionnellement porté avant líintervention chirurgicale, la rareté de líassociation faisant que líon pense davantage à un kyste de líovaire associé, un myome, voire une hémimatrice ou un rein ectopique ! La symptomatologie fonctionnelle dont se plaignait notre patiente pouvait faire évoquer ces diagnostics, mais líhémopéritoine et líirritation péritonéale suggéraient une GEU rompue associée. Notre diagnostic avant la cúlioscopie est díautant plus exceptionnel que parmi les 580 cas répertoriés dans la littérature par Choukroun, le diagnostic ne fut porté avant líacte chirurgical que sept fois ! Líexamen échographique permit díorienter notre diagnostic, le piège pouvant être líimage échographique de la GIU en voie díévacuation. Il faut signaler un autre piège échographique des grossesse combinées, en líoccurrence des images de caillots organisés latéro-utérins pouvant être confondus avec un fibrome sous-séreux pédiculé associé à une GIU.
Traitement : devant la
présence díun épanchement important du
cul-de-sac de Douglas, la cúlioscopie ne se discutera pas. La
confirmation du diagnostic et le traitement se feront par ce geste
chirurgical. Le traitement de cette GEU associée à une
GIU arrêtée ou non doit bien entendu tenir compte de
líâge de la patiente, de sa parité, de son
désir de grossesse ultérieure et surtout de
líétat tubaire. Le pronostic maternel est identique
à celui rencontré lors du traitement de GEU simple,
tout en sachant quíen cas de GIU associée se
poursuivant, la naissance díun enfant vivant aura lieu dans un
cas sur deux environ.
En pratique
Les
grossesses combinées peuvent se produire chez des patientes
níayant aucun facteur de risque de GEU, comme lía
démontré notre cas, et la fréquence de telles
grossesses devrait croître en raison du développement
des PMA.
Cette association atypique a
par ailleurs montré une nouvelle fois
líintérêt de líéchographie dans le
diagnostic précoce de la GEU.
Remarque : La bibliographie
est disponible sur simple demande auprès de
líauteur.