Suspicion de
grossesse extra-utérine
V. TSATSARIS, B. CARBONNE
Sce de Gynécologie et Obstétrique, Pr J. Milliez,
Hôpital Saint-Antoine -PARIS.
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Fig. 1 : Epanchement du cul-de-sac de Douglas. |
Une patiente âgée de 30 ans, 2e geste primipare (un accouchement normal à terme et une IVG), consulte aux urgences pour douleurs pelviennes et métrorragies. Elle n'a pas d'antécédent médico-chirurgical particulier. Elle est porteuse d'un stérilet posé après l'IVG. Les dernières règles datent de 5 semaines. Elle a fait le matin même un test urinaire de grossesse qui était négatif.
A l'examen, l'abdomen
est souple et sensible en fosse iliaque droite. Le toucher vaginal ne
met en évidence qu'une sensibilité du cul-de-sac droit
sans masse palpable. L'utérus est de taille normale.
L'échographie pelvienne par voie vaginale montre comme seule
particularité un épanchement modéré du
cul-de-sac de Douglas (fig. 1).
Commentaire
Il s'agit d'une patiente présentant des métrorragies avec un retard de règles. Le diagnostic de grossesse extra-utérine doit être évoqué jusqu'à preuve du contraire, ce d'autant que la patiente a une contraception par stérilet.
Les HCG urinaires négatifs n'éliminent en aucun cas le diagnostic. Des b-HCG plasmatiques faits en urgence se sont avérés positifs à 30 UI/ml. Les principaux diagnostics à évoquer chez cette patiente sont :
- grossesse extra-utérine (GEU),
- fausse-couche spontanée précoce (FCS),
- grossesse intra-utérine (GIU) évolutive à un
terme trop précoce pour être visualisée à
l'échographie.
L'échographie a le mérite de montrer un
épanchement du cul-de-sac de Douglas qui oriente vers le
diagnostic de GEU, mais en pratique ne permet pas de l'affirmer. Le
diagnostic différentiel se fera sur l'évolution
clinique, la cinétique des b-HCG,
et enfin sur la cúlioscopie.
La réponse
Suspicion de grossesse
extra-utérine.
En pratique
Hospitalisation
immédiate en service de gynécologie du fait de
l'existence d'un épanchement du cul-de-sac de
Douglas.
Bilan
pré-opératoire comprenant : deux déterminations
de groupe sanguin avec rhésus et recherche d'agglutinines
irrégulières, numération formule sanguine avec
plaquettes, taux de pro-thrombine, temps de céphaline
activée, ionogramme sanguin,
créatininémie.
Pose
d'une voie d'abord veineuse périphérique.
Prophylaxie
de l'immunisation rhésus par gammaglobulines anti-D si
rhésus négatif.
Surveillance
des constantes hémodynamiques, des métrorragies, des
douleurs abdominales.
En
cas d'altération de l'état hémodynamique ou de
l'examen gynécologique, il faut effectuer une
cúlioscopie en urgence. Sinon, réaliser un dosage de
b-HCG
de contrôle 48 heures après le premier.
Soit le taux est au moins deux fois supérieur au
précédent : il s'agit très certainement d'une
grossesse intra-utérine évolutive jeune. La patiente
peut sortir avec une surveillance ambulatoire de la cinétique
des b-HCG.
Echographie pelvienne dès que les b-HCG
sont supérieurs à 1 500 UI.
Soit le taux est au moins deux fois inférieur au
précédent : il s'agit très certainement d'une
fausse-couche spontanée. Sortie autorisée sous
surveillance ambulatoire des b-HCG jusqu'à
négativation. Un traitement par Méthergin (20 gouttes
trois fois par jour) est souvent prescrit en l'absence de
contre-indication, mais non systématique.
Soit la situation est intermédiaire : il faut effectuer une
cúlioscopie après avoir prévenu la patiente du
risque de salpingectomie. Ablation première du
stérilet. S'il existe une grossesse extra-utérine, il
faut dans la mesure du possible effectuer un traitement conservateur
en sachant que cette attitude impose une surveillance
post-opératoire de la décroissance des
b-HCG
et expose au risque de récidive de GEU. Si au cours de la
cúlioscopie il n'est pas visualisé de GEU, il faut
effectuer un curetage biopsique avec examen anatomopathologique du
produit de curetage. La présence de villosités
trophoblastiques permet de porter le diagnostic de fausse-couche
précoce.
En cas d'absence de
villosités, le diagnostic de GEU est vraisemblable. Il s'agit
d'une indication à un traitement par Méthotrexate
intra-musculaire (50 mg/j à répéter
éventuellement) avec surveillance biquotidienne de la
décroissance des b-HCG
jusqu'à négativation. En cas de grossesse
extra-utérine, il faudra contre-indiquer la contraception
ultérieure par stérilet.