Ectasie
galactophorique
E. DRAPIER FAURE
Hôpital Edouard Herriot - Lyon.
Contexte
Madame X, 48 ans, non ménopausée, consulte pour l'apparition d'un écoulement mamelonnaire. Elle est très inquiète et a pris un rendez-vous en urgence, car il y a quelques jours, elle a remarqué une tache "vert foncé" sur sa chemise de nuit du côté droit. Elle a appuyé sur ses seins ; des écoulements de couleurs différentes sont apparus sur les deux seins.
Madame X n'a pas eu
d'examen gynécologique depuis trois ans car, pour elle,
jusqu'à ce jour tout allait bien, tant sur le plan
gynécologique que général. Elle n'a pas
d'antécédent familial de cancer du sein et ne prend
aucun médicament.
|
|
|
|
Fig. 1 : Ecoulement provenant de 3 pores ; l'un est lactescent, les 2 autres sont séreux. |
|
|
|
|
|
Fig.2 : Conduite à tenir si écoulement lactescent. |
Fig. 3 : Conduite à tenir si écoulement non lactescent. |
Commentaire
L'interrogatoire ne retrouve aucun signe fonctionnel : ni mastodynie, ni fièvre, ni prurit du mamelon. La patiente ne prend pas de médicament, n'a jamais eu de problème mammaire. Elle croit, après un interrogatoire précis, avoir déjà remarqué, une ou deux fois cette dernière année, sa chemise mouillée, le matin, au niveau du sein droit, mais n'ayant noté ni tache rouge ni tache verte, elle n'avait pas fait très attention à ce phénomène.
L'examen clinique permet de reproduire très facilement des écoulements bilatéraux. A droite, on fait sourdre une goutte verdâtre (huile de vidange), deux gouttes séreuses, et à gauche, une goutte lactescente, deux gouttes séreuses. Après nettoyage du mamelon à l'alcool et séchage, chaque pore responsable d'un écoulement est repéré (schéma nécessaire en notant la couleur de l'écoulement). On essaiera de réaliser des prélèvements pour chaque goutte, en sachant que la sensibilité de la cytologie augmente avec le nombre de prélèvements réalisés. Ce sont les dernières gouttes de l'écoulement qui sont les plus cellulaires. Le cytologiste devra disposer de renseignements précis. Seuls les résultats positifs ont une valeur diagnostique. Le diagnostic se révèle exact dans 80 à 85 % des cas.
La mammographie montre des seins bien interprétables, peu denses. On ne remarque cependant pas de canaux galactophores. En effet, la visibilité spontanée des canaux galactophores dilatés est inconstante, même si le diagnostic d'ectasie galactophorique est certain.
L'échographie mammaire de cette patiente nous conforte dans le diagnostic clinique évoqué. La stase liquidienne dans les canaux galactophores rétro-aréolaires dilatés se traduit par des images d'échos. Ce phénomène est visible si le diamètre des canaux est supérieur ou égal à 3 mm.
Devant un écoulement mamelonnaire, il faut rappeler que :
- le caractère intermittent de l'écoulement, et
parfois donc son absence au moment de la consultation, ne doivent pas
dispenser d'un bilan sénologique complet.
- une cytologie négative ne permet pas d'éliminer la
malignité.
- une cytologie positive ou suspecte ne permet donc pas à elle
seule un diagnostic certain (car les faux positifs existent,
inférieurs à 10 %).
- tout écoulement unicanalaire séreux ou sanglant, chez
une femme de plus de 30 ans, conduit à une pyramidectomie pour
diagnostic histologique. Celui-ci est nécessaire pour
éliminer un cancer retrouvé pourtant seulement dans 15
% des cas dans les écoulements sanglants et dans 5 % des cas
dans les écoulements séreux.
La réponse
Ectasie galactophorique
En pratique
Abstention et surveillance
En dehors d'une complication infectieuse, l'ectasie galactophorique ne doit pas être opérée. Néanmoins, il faut connaître l'évolution possible de l'ectasie galactophorique pour ne pas faire errer les diagnostics ultérieurs :
- apparition d'épisodes inflammatoires
rétro-aréolaires ou péri-aréolaires
ressemblant à des abcès (fistulisation possible).
- apparition d'une tuméfaction pseudo-tumorale avec parfois
rétraction du mamelon. Le diagnostic de cancer est alors
évoqué d'emblée, en l'absence d'une
anamnèse précise (écoulement, épisodes
inflammatoires). C'est la fibrose péricanalaire qui
rétracte les galactophores rétro-aréolaires et
qui donne alors un aspect pseudo-tumoral.