Un cas
de craniosténose congénitale :
diagnostic
anténatal
J. GALIMARD, G. BRODATY, J.-N. BOTTO
Centre Hospitalier ñ NEUILLY-SUR-SEINE.
Contexte
Madame C.
Marie-Emma, I pare, âgée de 29 ans, présente dans
ses antécédents personnels une craniosténose
congénitale pour laquelle elle a été
opérée à trois reprises. DG : le 23 août
1995. Il síagissait díune brachycéphalie par
synostose bicoronale. Son père, lui aussi, était
porteur díune craniosténose non
étiquetée. Cette patiente a eu un déroulement de
grossesse normal. Une échographie de bonne qualité a
été pratiquée en ville à 22 semaines ne
retrouvant rien díanormal. A líéchographie de 32
semaines, nous avons retrouvé un profil très
particulier avec exagération de líensellure nasale,
horizontalisation du nez : aspect compatible avec une
craniosténose bicoronale.
Commentaire
Devant cet aspect très particulier du profil, nous avons adressé la patiente en anténatal au Professeur Renier, neurochirurgien de líHôpital Necker Enfants Malades. Une enquête familiale a été effectuée auprès du grand-père maternel du fútus en faisant parvenir du sud de la France où il réside des photographies et des radiographies confirmant la craniosténose bicoronale. Un contenu utérin a été pratiqué sur la patiente ; celui-ci, au lieu díaider au diagnostic, lía même mis en doute, le Professeur Renier ayant eu líimpression de vision de sutures coronales non soudées.
Líenfant est né le 21 mai 1996 à terme, de
sexe masculin, pesant 3 110 g. Il présentait bien une
craniosténose par synostose bicoronale et métopique.
Une obstruction nasale rapidement résolutive a fait
évoquer un moment une atrésie des choanes par atteinte
de líétage moyen. La consultation post-natale du
Professeur Renier a permis le diagnostic du type de
craniosténose et de programmer líintervention.
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Fig. 1 : Líéchographie anténatale et la photo de líenfant après la naissance ainsi que la radio montrant les soudures des sutures coronales. |
Réponse
Il síagissait díun syndrome de Pfeiffer, maladie
autosomique dominante qui associe une craniosténose et une
anomalie du gros orteil qui est élargi et
écarté des autres, anomalie existant chez
líenfant et chez sa mère, retrouvée par le
Professeur Renier lors de cette consultation post-natale.
En pratique
Cet enfant a été opéré à 3 mois et demi. Líintervention a consisté à avancer líétage moyen et le front. Le pronostic fonctionnel et mental est excellent. En effet, le syndrome de Pfeiffer ne présente pas de retard mental. Les craniosténoses sont des anomalies rares, mais il faut savoir en faire le diagnostic, car il peut exister des déficiences mentales associées. Cette observation montre la possibilité díen faire le diagnostic anténatal devant le profil très particulier décrit précédemment. Le crâne présente également un aspect en trèfle avec présence díencoches sur le Bip dues à la soudure des sutures coronales.
Líexamen des extrémités est fondamental. Il
permet de classer les différentes formes de
craniosténose au pronostic mental très
différent. En effet, le syndrome díApert
síaccompagne díune déficience mentale profonde.
Dans ce cas, il existe des mains en moufle, des syndactylies osseuses
des orteils. Il síagit pratiquement toujours díune
mutation récente, autosomique dominant. De même, le
syndrome de Carpenter, récessif autosomique, présente
une polydactylie pré-axiale avec dédoublement des gros
orteils, avec syndactylie partielle. Il existe également dans
ce syndrome une déficience mentale. Le diagnostic peut
être difficile et être confondu avec le syndrome
díApert. A líinverse, comme dans le syndrome de
Pfeiffer, la maladie de Crouzon et le syndrome de Saethre-Chotzen ne
síassocient pas de retard mental. La maladie de Crouzon,
autosomique dominant, ne présente pas díanomalie des
membres. Le syndrome de Saethre-Chotzen, autosomique dominant, dont
le Pfeiffer est une variété, retrouve une syndactylie
cutanée. Enfin, líanalyse des extrémités
permet de faire également le diagnostic différentiel,
car si on retrouve un crâne en trèfle par
macrocrânie et un profil particulier dans le nanisme
thanatophore, des membres extrêmement courts et les mains
trapues permettant díen faire le diagnostic.