Actinomycose
pelvienne sur stérilet
chez une
diabétique
J.-P. BORY, C. QUEREUX
Service de Gynécologie-Obstétrique C.H.U. -
REIMS.
Contexte
Mme F., 40 ans, est adressée au service de gynécologie-obstétrique du Pr Quereux pour masse pelvienne gauche dans un contexte de fébricule intermittent à 38° évoluant depuis plusieurs semaines et de métrorragies irrégulières de faible abondance. Mme F. est diabétique non insulino-dépendante depuis 20 ans, avec déséquilibre récent ayant nécessité un passage à líinsulinothérapie.
Elle se plaint
díune altération de líétat
général : asthénie marquée, perte de 2
kg. Elle porte un stérilet qui nía pas
été changé depuis plus de 5 ans. Cliniquement,
il existe une masse dure, sensible, sans défense abdominale,
au niveau de la fosse iliaque gauche; les 2 culs-de-sac vaginaux sont
comblés, légèrement douloureux;
líutérus níest pas discernable de la masse en
fosse iliaque gauche. Il níy a pas díhyperleucocytose,
mais un syndrome inflammatoire marqué (VS à 98 à
la première heure, fibrinogène à 7,3 g/l, CRP
à 125 mg/l). Le CA 125 est normal.
Commentaire
Devant líapparition díune masse
latéralisée pelvienne légèrement sensible
dans un contexte díaltération de líétat
général chez une femme de plus de 40 ans, on pourrait
craindre le développement díune tumeur pelvienne, en
particulier ovarienne. Cependant, la présence dans notre
observation díun fébricule, díun syndrome
inflammatoire majeur et de facteurs de risque infectieux (port
díun stérilet depuis de nombreuses années,
diabète déséquilibré) font
également évoquer la possibilité díune
infection annexielle chronique. Actinomyces est connu pour provoquer
des abcès tubo-ovariens torpides, notamment en cas de portage
très prolongé díun DIU, et en particulier sur un
terrain fragilisé comme chez la diabétique. En plus des
prélèvements bactériologiques cervicaux et de la
mise en culture du stérilet, des frottis du col ont
été effectués à la recherche
díActinomyces qui síidentifient mieux en cytologie
quíen bactériologie où leur culture est
difficile et aléatoire. Líexamen échographique
est également plutôt en faveur díune infection
tubaire en mettant en évidence des structures essentiellement
liquidiennes, hétérogènes, latéro- et
rétro-utérines (fig. 1 et 2).
Líimportance clinique des lésions nous a fait opter
pour une laparotomie sans cúlioscopie préalable.
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Fig. 1 : Vue échographique longitudinale (V : vessie ; S : stérilet déplacé vers le bas ; U : utérus ; C : collection rétro-utérine. |
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Fig. 2 : Vue échographique transversale (U : utérus ; C : collections latéro- et rétro-utérines). |
Réponse
La laparotomie a confirmé le diagnostic díinfection pelvienne majeure : il existait un abcès tubo-ovarien gauche et un pyosalpinx droit rendant nécessaire une annexectomie gauche et une salpingectomie droite (fig. 3). Líexamen anatomopathologique a confirmé la présence de foyers actinomycosiques au sein des lésions suppurées du coté gauche. Le frottis cervical avait également identifié des structures évocatrices díActinomyces.
Comme souvent, líexamen bactériologique nía
pas mis en évidence ce germe, mais des anaérobies. Il
existait par ailleurs une sérologie positive en IgG au 1/250
à chlamydia trachomatis qui avait sans doute initié les
premières lésions. Il síagissait donc
díune actinomycose pelvienne sur stérilet chez une
diabétique ayant entraîné un abcès
tubo-ovarien. Les suites opératoires ont été
simples sous Augmentin 3 g/j, Flagyl 1,5 g/j, Vibramycine 200
mg/j).
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Fig. 3 : Pièces anatomiques : aspect externe et à la coupe (og : ovaire gauche ; tg : trompe gauche ; td : trompe droite. |
En pratique
Dans le cas de port prolongé díun stérilet, a fortiori sur un terrain fragile (diabétique, immunodéprimée), il faut savoir penser, devant líapparition progressive díune masse pelvienne, aux infections annexielles torpides qui peuvent mimer un processus néoplasique. Actinomyces Israeli est responsable díabcès tubo-ovariens dans 20 à 30% des cas. Heureusement, la plupart des porteuses de stérilet chez qui on identifie sur un frottis la présence díActinomyces resteront asymptomatiques. Dans de telles situations, les attitudes sont partagées entre une antibiothérapie simple (amoxycilline 2 g/j pendant 15 jours) ou associée à la suppression du stérilet. Dans le cas díune actinomycose pelvienne abcédée, le traitement est chirurgical, mais líétendue des exérèses pourra être limitée par une antibiothérapie préalable et prolongée si le diagnostic peut être évoqué avant líintervention. Le pronostic de líactinomycose ainsi correctement traitée est très bon, parfois cependant au prix díune chirurgie lourde (résections intestinales...) quand le diagnostic nía été porté que tardivement sur des lésions évoluant à bas bruit depuis longtemps.